Cevad Memduh Altar1902-1995
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LE DÉVELOPPEMENT ET LA PROGRESSION DES BEAUX-ARTS EN TURQUIE

depuis la réforme politique et sociale du Tanzimat (1839)
jusqu’à nos jours

(Cevad Memduh Altar’ın Ocak 1967’de Strasbourg Üniversitesi tarafından düzenlenen toplantıda Fransızca olarak verdiği “Türkiye’de Tanzimat’tan bu yana güzel sanatların gelişimi” başlıklı konferansın metni.)

             Les facteurs locaux qui discriminent la conception créatrice des beaux-arts dans les différents milieux, sont la conséquence naturelle d’une évolution physio-ethnique-folklorique.

            La musique et la littérature, qui se basent sur le son ou sur la parole, ou sur la synthèse de ces deux, sous l’influence de la tradition de langue qui s’alimente aussi de la structure physiologique, déterminent d’abord la musique folklorique et ensuite la musique savante. Dans la musique vocale, cette détermination, qui découle le plus de la tradition de langue et qui agit en rôle prépondérant sur la création de la musique instrumentale, permet à la longue d’obtenir dans les arts phonétiques, des beautés supérieures. Il en est à peu près de même dans les arts plastiques où, ces sortes de créations, comme peinture, sculpture, relief et arts décoratifs et où, tout ce qui est vision et donne matière au sujet est l’épanouissement physiologique des particularités de la nature, donnent naissance aux créations visibles. On peur donc dire que d’une part dans l’art phonétique, l’âme locale, s’appuie sur l’évolution physiologique qui est en quelque sorte la base des traditions de langue du milieu et que d’autre part la création des arts plastiques s’alimente de la physiologie de la nature qui régit le monde visuel.

            En adoptant cette procédure fonctionnelle, base de l’épanouissement créatif de toute l’humanité, à l’Anatolie qui nous appartient depuis près de dix siècles, nous arrivons à des résultats très intéressants.

            Ainsi, en examinant notre culture nationale des contrées de l’Anatolie, qui s’est alimentée aux sources psycho-ethniques-folkloriques et qui a subit et assimilée l’influence d’autres courants culturels, nous nous trouvons en regard d’un contraste qui campe d’un côté l’Orient et de l’autre l’Occident, dans les termes populaires. Ce résultat, d’après mon opinion et comme je l’ai remarqué dans les écrits d’Hérodote sur l’Asie Mineure, n’est pas autre chose qu’une dénomination sans base, enfantée par la lutte orient-occidentale, qui a durée des siècles. Ce mouvement a donné lieu a une fausse interprétation quant à l’ardeur des turcs occidentaux à se tourner vers la renaissance, sous la poussée d’un courant de constitution géopolitique, qualifié « d’occidentalisme turc » et fait oublier le rôle du monde islamique pour remémorer la philosophie d’Aristoteles qui est la base de la liberté de penser.

            Il est certain que, les communautés ethniques agglomérées surtout dans les contrées très proches de l’Occident doivent, afin de faire profiter leur structure culturelle de la civilisation commune d’une valeur internationale, se diriger vers la Renaissance.

            C’est en suivant cette voie que les esprits locaux nourris par le tronc psycho-ethnique-folklorique, ont pu s’inspirer conjointement, autant que des progrès techniques et esthétiques de la Renaissance, que des droits de l’homme et de la liberté individuelle, qui ont pris leur essor seulement sous celle-ci.

            Donc nous, les turcs occidentaux, dans nos réformes pour nous tourner de l’Anatolie vers la Renaissance, avons eu un seul objectif qui n’est pas de s’occidentaliser ou de s’européaniser, mais de redonner vie à nos traditions artistiques locales, dans l’esprit de liberté et d’humanisme de la Renaissance. Le grand penseur turc du XXème siècle Ziya Gökalp, en traitant de la force vitale et du développement de nos traditions a parfaitement distingué : règles et traditions. Ziya Gökalp a notamment dit à se sujet :

« Les règles, qui sont toutes indépendantes et absolues, restent telles qu’elles ont été posées et ne peuvent engendrer un avenir. Tandis que tradition veut dire créer et progresser ; car celle-ci est en possession d’un passé dont les différents moments sont soudés entre eux ; et telle une force mue par l’arrière, elle possède un courant avant-coureur faisant continuellement naître des nouvelles tendances et progressions. Quoique la tradition à elle seule soit procréatrice et créatrice, les greffes étrangères, qu’on lui applique et dont elle obtient une sève nouvelle qu’elle absorbe, la fertilise et la vitalise et, elle ne périt point comme une imitation vulgaire. »

            En face de cette vérité établie, les élans réformistes qui ont pris naissance vers la fin du 18ème siècle et ont survécus jusqu’à nos jours, ne sont pas une quasi occidentalisation, mais un besoin impérieux de notre structure nationale, de se mettre au  pas de la civilisation contemporaine. Les principaux points culminants de cette continue évolution, tels que le règne de Selim III, les réformes de Mahmut II et d’Abdulmecid, les Constitutions de 1876 et 1908 et les réformes d’Atatürk, présentent un graphique transcendant. C’est pourquoi en Turquie au 15ème siècle qui est l’époque de splendeur de l’Empire Ottoman, de grands efforts ont été déployés pour arriver à une liaison avec la Renaissance et la civilisation occidentale, source commune de toute l’humanité.

            Une lettre du Grand Vizir Mahmut Pacha adressée au dirigeant de Dubrovnik nous apprend que le conquérant d’Istanbul a fait venir par l’intermédiaire de la République de Dubrovnik, deux des quatre traités de médecine imprimés à Florence et, insisté pour que les deux autres lui soient envoyés immédiatement. De même tout le monde sait que Fatih (le conquérant) a hébergé dans son palais à Istanbul, à partir de Septembre 1479, durant un an, le célèbre peintre vénitien Gentile Bellini et qu’il lui a fait faire son fameux portrait qui se trouve actuellement à la Galerie Nationale de Londres. En plus, par certains documents précieux existant, on sait que outre Gentile Bellini, des artistes de la Renaissance, venus avant ou après lui, tels que Matteo de Pasti, Constanzio da Ferra, Maestro Paolo, Benedetto da Majano, Bartolommeo Bellano, Bertoldo di Giovanni, ont travaillés à Istanbul au sérail, ou que quelques uns quoique invités n’ont pu s’y rendre. Tous ces efforts ne visaient pas à donner à notre culture nationale et locale une forme occidentale ou européenne, mais a renouveler et faire développer par greffe, notre culture traditionnelle.

            Un heureux rapprochement occidento-oriental qui prit naissance en Turquie à cette époque et l’influence qu’elle opéra sur la peinture durant le règne de Mehmet II le Conquérant (Fatih), a ouvert une conception de perspective, proche à celle de la Renaissance, dans la création de l’art turc. Il est certain que le rapprochement occidento-oriental dans la culture, qui a débuté à l’époque de Fatih, a eu pour but l’apport de nouveautés au dessin et à la peinture et non celui d’un courant d’européanisation. De plus, le fanatisme qui s’est manifesté au commencement du l6ème siècle sous le règne de Bayezit II a complètement obstrué  jusqu’à celui de Selim III, la porte qui s’était ouverte à la Renaissance dans notre histoire la première fois sous le règne de Fatih. Le réforme du Tanzimat (1839) qui fit suite à l’essai d’innovation de Mahmut II au début du l9ème siècle, est parvenue a rouvrir cette porte fermée depuis des années.

            L’esprit et les causes du Tanzimat puisaient leurs forces d’une décision de rénovation, qui se posait déjà à cette époque pour la Turquie, comme un problème de vie ou de mort. Mais comme partout d’ailleurs, chez nous aussi, la réaction aux choses nouvelles prenait sa force du fanatisme, tandis que au cours de près des mille ans qui nous rendaient maîtres des terres anatoliennes, une tolérance obtenue de temps en temps par une vue du monde proche aux tendances de la Renaissance, a permit l’établissement en Turquie de mouvements parallèles à celle-ci ; tels que, privilèges de religion et de droit civil reconnus aux pays inclus dans les limites de l’Empire, larges efforts de socialisation (vakıf), fondation d’universités (medrese), d’hôtelleries (han), de caravansérails (kervansaray). Malheureusement le fanatisme religieux détruisit complètement les institutions d’acception occidentale, établies jusqu’au commencement du l9ème siècle. Notamment au l6ème siècle, après le règne de Soliman le Magnifique, l’arrêt de la décadence culturelle fut impossible et ce n’est qu’avec l’initiative de la réforme entreprise dans la première moitié du l9ème siècle que ce danger a pu être plus ou moins enragé et que grâce aux nouvelles lois et règlements, garantissant les droits et la liberté de l’homme -toujours après la proclamation du Tanzimat- les moyens de liaison avec la culture contemporaine occidentale ont été recherchés.

            En Turquie le Tanzimat a apporté une conception de création d’art attaché à l’esprit de la Renaissance, c’est-à-dire une création d’art, tendant à bénéficier, en association de la  technique et de l’esthétique, des valeurs internationales de la Renaissance. Le théâtre au sens occidental, la musique polyphonique, les variations de la peinture à trois dimensions ont, dans la nouvelle atmosphère du Tanzimat, ouvert à l’art national une voie nouvelle vers une identité dans le plan international.

            Comme dans tous les milieux qui ont pu faire une rénovation avec l’aide des autorités dirigeantes, en Turquie aussi, le courant réformiste des beaux-arts a trouvé appui de l’Etat. A la fin du l8ème siècle, au cours des tentatives de rénovations qui ont coûté la vie à Selim III, les moyens qu’ont eu, les élèves de la première école d’ingénieurs (Mühendishane-i Fünun-u Berriye) fondée à Istanbul, de s’intéresser de beaucoup plus près aux sujets portants sur la physique et la mécanique, ont assurés de la perspective dans la peinture (miniature). De sorte que la peinture turque qui se trouvait jusqu’à ces temps coincée dans des feuillets de livre a été obligée de céder peu à peu sa place à la nouvelle peinture à trois dimensions.

            Au début du l9ème siècle, dans la période commençant avec Mahmut II et allant jusqu’au Sultan Abdulaziz, une exposition présentant en commun le développement industriel et les beaux-arts, a été inaugurée à Istanbul. C’est dans celle-ci que les premiers types de peinture turque à trois dimensions ont été exposés. Enfin des jeunes gens sélectionnés parmi les diplômés de l’école d’ingénieurs ont été envoyés, à partir de 1835, pour l’étude de la peinture à Paris. Nous pouvons nommer parmi ceux-ci Şeker Ahmet Pacha (1841-1907), Ferik Ibrahim Pacha (1815-1891), Hüsnü Yusuf Bey (1817-1861), Süleyman Seyyid Bey (1842-1913), Halil Pacha (1857-1939), Hasan Rıza Bey (1857-1912).

            A partir de la seconde moitié du l9ème siècle, la première exposition autonome de peinture a été inaugurée à Istanbul â l’École d’Ingénieurs (Exposition Ottomane d’Arts Décoratifs 1872). Ces expositions qui se répétèrent fréquemment ont fait rapidement connaître et aimer au peuple cette nouvelle conception de la peinture et accélérer la prise de l’art de la miniature à plan unique par celui à trois dimensions. Ces mouvements artistiques qui se déroulaient à Istanbul on assuré le développement de la carrière de peintre et de professeur de dessin et ont augmenté l’activité des expositions.

            Les années de 1870 à 1880 ont été celles de préparations d’initiatives à prendre par l’Etat pour le domaine de la peinture en Turquie. C’est au cours de ces années que la nouvelle conception turque de la peinture a été présentée au public d’Europe dans une exposition internationale ouverte à Vienne en 1874. En 1877 un spécialiste français M. Guillemet, invité en Turquie, a fondé la première école des beaux-arts (Mekteb-i Sanayi-i Şahane)et en fut le premier directeur. En 1883 l’archéologue et peintre Osman Hamdi Bey (1842-1910) a fondé sous le nom de Sanayi-i Nefise la première école officielle des beaux-arts. Cette école, qui se trouve à Istanbul et qui aujourd’hui a pris le nom d’Académie des Beaux-Arts, a depuis 83 ans exercé ses fonctions et formé des artistes célèbres. L’Academie des Beaux-Arts qui a favorisé les arts locaux et nationaux est après l’école des ingénieurs la seconde institution qui a formé également les générations postérieurs et est celle qui dans l’historie de notre réforme a une place prépondérante.

            Au cours du demi-siècle, a commencer par la fondation de l’Académie des Beaux-Arts en 1883 jusqu’à la proclamation de la République en 1923, les faits principaux qui se sont déroulés en Turquie sur le plan des arts plastiques suivent le processus chronologique suivant :

            Sur l’initiative de l’archéologue turc Osman Hamdi Bey, le premier Musée d’Archéologie a été construit à Istanbul et les œuvres archéologiques classiques trouvées jusqu’à ce jours en Anatolie y ont été exposées. D’autres part, parmi les peintres de retours de leurs études en Europe, se trouvaient un grand nombre qui s’étaient fait une renommée. Nous pouvons entre autres citer Çallı İbrahim (1882-1960), Hikmet Onat (1885), Semi Yetik (1878-1945), Ruhi Bey (1883-1931), Nazmi Ziya (1881-1937), Namık İsmail (1892-1935).

A la suite des fouilles opérées sous la direction de l’archéologue Osman Hamdi Bey au Moyen Orient des chefs-d’œuvre tels que les Sépulcres d’Alexandre et des Femmes Pleurantes ont enrichis le Musée d’Archéologie d’Istanbul et lui ont donné une célébrité mondiale. Ce musée a joué un grand rôle sur le plan de l’antiquité classique, dans la formation des élèves de l’Ecole des Beaux-Arts.

            Les artistes formés durant deux générations par l’Académie des Beaux-Arts ont continué, même au cours de la première guerre mondiale, leurs activités en fait d’exposition..

            Les années qui ont suivi la Guerre de l’Indépendance turque, immédiatement après la première guerre mondiale et notamment  les réformes d’Atatürk ont permis une rénovation et réorganisation, incomparable a aucune autre époque, au sein de l’Académie des Beaux-Arts. Entre les années 1924 et 1930 de nombreux diplômés de l’Académie ont été envoyés au compte de l’Etat parachever en Occident leurs études sur la peinture, la céramique, la sculpture et les arts décoratifs. Ce sont les artistes qui ont constitués la troisième génération de la peinture turque.

            C’est après la dixième année de la proclamation de la République que l’Académie des Beaux-Arts d’Istanbul a pris le plus d’expansion, en développant dans son sein la section d’architecture, peinture, gravure, sculpture, arts décoratifs, décoration d’intérieure, art graphiques, mobilier, dessin de tissus.

            A la dixième anniversaire de la République, c’est-à-dire en 1933, Atatürk, le fondateur de la République, a souligné dans son discours d’ouverture de session de la Grande Assemblé Nationale ce que suit : « Je veux préciser que les caractéristiques de l’histoire du peuple turc sont d’aimer les beaux-arts et d’y accéder. »

            En 1934 la réorganisation de l’Académie s’étant accomplie, des hommes d’art de notoriété mondiale allemands et français ont été désignés en qualité de chef à la tête des différentes sections de celle-ci. Nous pouvons citer les architectes Hans Pölzig et Bruno Taut, le peintre Léopold Levy et le grand maître de l’art décoratif de France Louis Marie Sue.

            En 1936, dans son discours d’ouverture de la Grande Assemblée Nationale, Atatürk, en disant : « L’intérêt que portera et l’effort que déploiera la Grande Assemblée Nationale pour chaque branche des beaux-arts favorisera le développement moral et contemporain de la vie du peuple et augmentera l’activité de celui-ci » a voulu annoncer que de nouvelles institutions sur le plan du beaux-arts étaient prévues.

            Effectivement, à partir de cette déclaration on remarque les mouvements suivants : Pour la première fois en Turquie en 1924 a été établi un conseil des Beaux-Arts rattaché au Ministère de l’Education Nationale ; de même pour la première fois en 1935 une Direction Générale des Beaux-Arts a été instaurée au sein du Ministère de l’Education Nationale ; pour la première fois en 1937, une galerie de peintures et de sculptures fut ouverte à Istanbul dans l’ancien palais des princes héritiers ; l’édification de monuments à la mémoire de la Guerre de l’Indépendance fut augmentée dans tout le pays, ce qui permit à des sculpteurs turcs la réalisation d’œuvres de haute qualité ; une galerie permanente de peintures et de sculptures fut inaugurée en 1953 à İzmir pour la première fois ; depuis 1938 une exposition de peinture et de sculpture d’artistes turcs, patronnée par l’Etat ouvre ses portes au public chaque année pour une durée d’un mois, les exposants reçoivent des prix, leurs œuvres sont achetées et envoyées en exposition dans les pays étrangères, ce qui permet de faire connaître également au monde les arts plastiques turcs ; l’exposition internationale et mondiale qui a eu lieu en 1958 à Bruxelles, a accepté d’exposer dans la section « 50 ans d’art moderne » sur approbation d’unb jury international, les œuvres des deux peintres, Cevat Dereli et Zeki Faik İzer, et d’un sculpteur, İlhan Koman ; en 1964, le célèbre peintre turc Zeki Faik İzer a reçu le prix national de peinture pour la Turquie de Guggenheim et été invité au prix italien Marzotto ; au courts des années 1948 et 1956 une loi spéciale qui subit par la suite une modification, donnait appui et aide matériel aux beaux-arts en Turquie et c’est grâce à elle que des enfants, doués de qualités supérieurs dans la création de la peinture et de la musique, ont pu se  perfectionner en Turquie et à l’étranger. Ainsi naquit une jeune génération d’artistes turcs de renommée mondiale. Depuis 1964 et jusqu’à la constitution prévue d’un Ministère de la Culture et des Beaux-Arts, un sous-secrétariat de la culture a été ajouté au Ministre de l’Education Nationale.

            Après la proclamation du Tanzimat, la réforme et la rénovation attendue en Turquie dans les domaines de la musique et du théâtre, n’ont pas pu se réaliser aussi facilement que celle obtenues dans celui de la peinture. Effectivement, la musique et le théâtre, dans la conception occidentale, c’est-à-dire dans l’esprit de la Renaissance, n’ont pas pu immédiatement s’évader des enceintes du sérail. Ce n’est qu’en 1828 que l’italien Giuseppe Donizetti, sur invitation de Mahmut II, a constitué une Musique d’Harmonie (fanfare) rattaché au palais. Celle-ci fut pour ainsi dire le noyau créateur d’une évolution progressive de 140 ans, au cours desquels prirent naissance l’Orchestre du Sérail et sous la République l’Orchestre Symphonique et la Musique d’Harmonie de la Présidence de la République.

            Il est à remarquer qu’en Turquie depuis le début, la peinture s’est facilement orientée vers les besoins et tendances du peuple. Naturellement la cause de cette orientation doit être recherchée plus particulièrement dans l’abstraction que porte en elle-même la musique. C’est pourquoi surtout sous le règne de Mahmut II (première moitié du 19ème siècle) l’apparition du penchant pour la polyphonie a été, comme pour la perspective dans la peinture, adoptée et assimilée rapidement par le public. Après de longues années, jusqu’à la proclamation de la république, la polyphonie qui s’était limitée à des milieux restreints a pu, après l’avènement de la république, s’adresser à des auditoires de plus en plus nombreux. De plus, à l’encontre de la peinture, ce n’est que plus tard et seulement vers la fin de l’Empire Ottoman et après l’établissement de la république que des élèves ont été envoyés en Europe pour faire leurs études de littérature et de technique internationale de la musique.

            Dans les derniers jours de l’Empire Ottoman, a été fondé par la Municipalité d’Istanbul un institut du nom de Conservatoire de la Ville, qui enseignait la musique turque et occidentale. Après la proclamation de la République, en 1924, le grand compositeur autrichien Hofrat Joseph Marx fut invité à Istanbul pour améliorer et réorganiser ce conservatoire.

            C’est avec l’établissement du régime républicain qu’en Turquie la musique polyphonique contemporaine turque dans la conception occidentale, a obtenu de l’Etat grand aide à son développement et que des élèves ont été envoyés dans les principaux centres occidentaux (Paris, Vienne, Berlin, Rome, Prague, Leipzig) aux fins d’études de musique.

            Nous voudrions à cette occasion souligner les étapes intéressantes parcourues sur le plan musical depuis 1924 en Turquie : En 1924 fut fondé à Ankara la première Ecole Normale de Musique qui devint par la suite l’Ecole Normale Supérieure de Musique ; en 1936, le célèbre compositeur Prof. Paul Hindemith et le renommé régisseur Prof. Carl Ebert, invités d’Allemagne, ont, avec les compétents turcs, aidés à la fondation du premier Conservatoire National à Ankara ; en 1939, les premiers élèves d’opéra de ce Conservatoire ont, pour la première fois en Turquie, mis en scène en langue turque l’opéra d’un acte, Bastien et Bastienne de Mozart ; en 1941, avec les élèves du studio d’opéra nouvellement institué et rattaché au Conservatoire National, les principaux opéras reconnus d’une valeur internationale par la littérature ont été mis en scène et joués en langue turque ; en 1947 la célèbre spécialiste anglaise de ballet Dame Ninette de Valois fut invitée en Turquie et mis la base de la première école de ballet, et 13 ans plus tard, grâce à cette école un corps de ballet a pu être intégré au sein de l’Opéra National d’Ankara ; en 1949 se termina à Ankara la construction du premier opéra national ; en 1956 l’Orchestre National qui possède de très anciennes assises (date de fondation 1828) a été par une nouvelle loi révisé et amélioré ; en 1958 également à İzmir, un Conservatoire National a été inauguré et dans la même année les cadres de l’Orchestre de l’Opéra National ont été complétés, de sorte que, un second grand orchestre a pu être constitué dans la capitale.

            On doit au grand Atatürk, fondateur de la république, le développement rapide de la musique polyphonique contemporaine turque et l’intégration dans les programmes de musique occidentale d’œuvres réalisés dans cette conception. Dans un de ses discours à la Grande Assemblé Nationale en 1934 Atatürk avait textuellement dit : « Le critère des nouveaux changements effectués au sein d’une nation est son pouvoir de compréhension et d’assimilation de ce changement dans la musique. » En 1936 Atatürk a pu proclamer ce qu’il avait voulu souligner en théorie deux ans auparavant en disant : « C’est une satisfaction pour moi de vous annoncer que la fondation d’un Conservatoire et d’une Académie  du Théâtre est en cours à Ankara. »

            Le déploiement de ces activités sur le plan des arts a permis la formation très rapide en Turquie de une, deux et même trois générations de compositeurs. Soulignons aussi que la musique polyphonique turque a soulevé un grand intérêt autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Une grande partie de ces œuvres ont été éditées par certaines maison d’édition renommées d’Europe et d’Amérique et ont pris la place qui leur était dû, dans le monde musical international. Les principaux compositeurs de la Turquie d’Atatürk peuvent être mentionnés comme suit : Cemal Reşit Rey, Necil Kâzım Akses, Ahmet Adnen Saygun, Ulvi Cemal Erkin, Ferit Alnar.

            C’est toujours après les réformes d’Atatürk qu’en Turquie, en plus des compositeurs ayant fait des études académiques, des artistes et des virtuoses, célèbres dans toutes les branches de l’art musical, se sont présentés dans les alons de concert et les scènes d’opéra des pays étrangers, où ils ont eu de grands succès et été fort appréciés. Je voudrais à cette occasion rappeler que les artistes d’opéras et les concertistes turcs ont été vivement applaudis sur les scènes des opéras et dans les salles de concert de Berlin, Londres, Vienne, Milan (la Scala), Rome, Naples, Moscou, New York, San Francisco etc.

            Nous pouvons exposer les activités du théâtre et du drame lyrique qui se sont déroulées depuis la proclamation du Tanzimat jusqu’à nos jours, comme suit :

            Giuseppe Donizetti qui avait été invité à Istanbul en 1828, sur le désir du Sultan Mahmut qui était un souverain rénovateur, constitua en 1846 à Istanbul la première Ecole de Musique rattachée au Sérail. Dans cette école des professeurs italiens enseignaient aux jeunes élèves l’usage des instruments musicaux conformes aux standards occidentaux et donnaient à une partie des élèves des cours de chant.

            En 1848, le célèbre violoniste et virtuose belge Henri Vieutemps vint à Istanbul et donna un concert en présence du Sultan Abdulmecid. Rappelons qu’un an auparavant en 1847, Franz Liszt donna également au Sérail d’Istanbul, devant le Sultan, son premier concert qui remporta un succès grandiose dans les milieux artistiques. En 1848 le Sultan demanda au violoniste Vieutemps, qui avait -comme nous l’avons dit- donné un concert au Sérail, d’inspecter l’Ecole de Musique du Sérail ainsi que sa Musique d’Harmonie et son Orchestre et de lui communiquer ses impressions. Vieutemps dans ses mémoires relate qu’il accéda avec plaisir aux désire du Sultan et qu’il trouva la Musique d’Harmonie et l’Orchestre satisfaisants et que par contre les jeunes artistes turcs qui avait joués un acte de l’opéra Somnambule étaient encore au stade de formation.

            Entre les années 1840-1858 des troupes françaises et italiennes d’opéra et de théâtre, qui vinrent fréquemment à Istanbul, ont fait connaître aux milieux intellectuels le théâtre occidental. C’est pourquoi le Sultan Abdulmecid, afin de permettre aux troupes italiennes d’opéra de donner plus aisément des représentations, fit construire en 1848 le Théâtre du Sérail.

            En 1868, dans les quartiers les plus anciens d’Istanbul entourés d’historiques murailles, un théâtre privé fur constitué. Sur cette scène dénommée le Théâtre Gedikpaşa, une troupe composée des ressortissants ottomans, interpréta pour la première fois des pièces originales turques ainsi que des œuvres originales et traduites avec et sans musique. Très rapidement ce théâtre acquit une grande renommée et des pièces du grand Molière, traduites en turc, prirent place dans son répertoire. Ces pièces adaptées en langue turque d’œuvres de Molière eurent comme traducteurs le célèbre diplomate Ahmet Vefik Pasha et l’auteur Âlî Bey. De sorte que Molière put être connu et admiré à Istanbul par un vaste public. En peu de temps le Théâtre Gedikpaşa eut un répertoire d’adaptation enrichi par les principales œuvres de l’Occident traduites et adaptées en turc. Peu de temps après, des pièces originales d’auteurs turcs furent mises en scène et obtinrent de vifs succès.

            En 1884 après la fermeture pour causes politiques du Théâtre Gedikpaşa, les artistes de celui-ci se rendirent à Bursa (Brousse) qui se trouve aux environs d’Istanbul et qui fut dans le temps la seconde capitale de l’Empire, et jouèrent durant 4 ou 5 ans des pièces occidentales adaptées et traduites en turc. Ahmet Vefik Pacha, le traducteurs des œuvres de Molière, était à cette époque Gouverneur à Bursa. Celui-ci ne se contentait pas seulement de constituer un théâtre à Bursa mais assistait aux répétitions, formulait ses opinions et critiques tout en aidant les artistes dans le développement de leur métier. Le reste de la troupe du Théâtre Gedikpaşa qui était resté à Istanbul parvint en surmontant de grandes difficultés à continuer son activité.

            La seconde Constitution en Turquie (1908) apporta un large esprit de liberté au pays. C’est dans cette atmosphère favorable que grands nombres d’artistes purent former différentes troupes de théâtres. Mais la plupart de celles-ci disparurent peu à peu et le théâtre turc sombra dans de longues années de décadence qui l’appauvrit.

            Les comédies et les drames conçus dans la conception occidentale ont été le plus et le mieux interprétés en Turquie sur les planches du Théâtre de la Ville fondé à Istanbul en 1914 sur l’initiative du célèbre maire Cemil Pacha. Actuellement, ce théâtre continue ses activités commencées depuis plus d’un demi-siècle.

            C’est à la veille de la première guerre mondiale que M. Antoine, de la Comédie Français, convoqué de Paris, aida à l’établissement du premier Théâtre de Ville d’Istanbul. Ce théâtre qui fut doté également d’un organe pour la formation d’artistes, a jusqu’au proches années rempli cette fonction sous la direction du célèbre artiste et metteur en scène turc, Muhsin Ertugrul, qui est l’un des promoteurs du théâtre au sens occidental en Turquie.

            Dans les années qui suivirent l’instauration de la République, à côté de ces activités, le Conservatoire National fondé en 1936 et les sections de théâtre et d’opéra de celui-ci ont continués leur évolution progressive. Enfin en 1937 dans son discours annuel d’inauguration de la Grande Assemblée Nationale Atatürk a déclaré : « Afin que le Conservatoire National fondé l’année dernière puisse nous procurer rapidement les éléments technique dont nous avons besoin pour la musique et le théâtre, il faut que nous dépensions plus d’ardeur et fassions plus de sacrifices matériels ».

            Relatons à cette occasion les succès obtenus en Turquie et dans les pays étrangers par le théâtre et l’opéra national qui a révolu la trentième année de sa naissance.

            Le Conservatoire National qui a déployé ses activités durant neuf ans sous la direction du Prof. Carl Ebert, au début, afin de pouvoir donner aux élèves des sections de théâtre et opéra des cours pratique, a constitué une scène d’application et un studio d’opéra. A partir de 1941 ces deux organes d’exécution ont étendus leurs activités jusque dans les différentes contrées du pays.

            La période s’étendant entre les années 1941 à 1949, a été celle durant laquelle des pièces de théâtre et des opéras, sélectionnés sur le plan des valeurs internationales, ont été traduites et jouées en turc. C’est à partir de cette époque que les auteurs turcs ont été incités à composer des œuvres originales ; au cours d l’année 1943 le Studio d’Opéra du Conservatoire National a pour la première fois mis en scène l’opéra de Bedrich Smetana « La Fiancée Vendue ». Il vaut de relater que les leaders du peuple Tchécoslovaque, qui en ces jours luttaient pour la liberté, ont sans doute été fort impressionné de ce fait, car le chef du gouvernement Tchécoslovaque feu Benes qui se trouvait en ce moment à Londres, a envoyé au gouvernement turc un télégramme dont le texte reflet ce sentiment : « Présenter cet opéra dans les circonstances actuelles connues est d’après moi un geste de la Turquie, dont le peuple tchécoslovaque a été profondément  touché. Les tchécoslovaques, vu la conjoncture présente, expriment toute leur sincère gratitude et reconnaissance au peuple turc. »

            D’autre part, la construction à Ankara de l’Opéra National étant sur le point d’être terminée, celui-ci ouvrit officiellement sa scène en 1948 sur laquelle se joua, à part les œuvres sélectionnées de la littérature symphonique turque, un fragment de l’opéra « Kerem », qui n’était pas encore complètement achevé et dont l’auteur était le compositeur turc Adnan Saygun ; ainsi 13 ans après la fondation du Conservatoire National, en 1949, un Théâtre National (l’Opéra) avait pris naissance à Ankara ; l’année 1953 fut celle où le premier opéra turc, « Kerem », du compositeur Adnan Saygun a été mis en scène ; de même, un auteur appartenent à la seconde génération des compositeurs turcs et élève de Honeger, le compositeur Nevit Kodallı, écrivait à l’occasion de l’anniversaire de Van Gogh un opéra intitulé du même nom, qui fut joué avec grand succès en 1958. Ajoutons à l’occurrence que le Théâtre Royal de la Monnais de Bruxelles entra en pourparler avec le compositeur Nevit Kodallı afin de pouvoir inclure dans son répertoire son opéra « Van Gogh ».

            L’enrichissement de son répertoire et le renforcement des cadres par les artistes appartenant à la jeune génération favorisa, la renommée du Théâtre National turc, également dans les pays étrangers. Des œuvres d’auteurs turcs on été joués au Théâtre des Nations de Paris et au festival de Bregenz en Autriche. Rappelons aussi qu’au festival de Bregenz, « La Belle Hélène », pièce du célèbre écrivain turc Prof. Dr. Salahattin Batu, fut traduite en vers, du turc en allemand, et jouée en 1958 par des artistes autrichiens.

            De ce qui précède, nous remarquons qu’en Turquie au cours des trente années écoulées depuis la fondation à Ankara en 1936 du Conservatoire National et des deux principales ramifications qu’il a engendré et qui sont le Théâtre et l’Opéra National, d’énormes efforts continus ont été déployé dans le sens de l’établissement d’un art turc nouveau. Comme nous l’avons vu, au début, les principales œuvres de notoriété internationale des répertoires mondiaux ont été traduites et incluses aux répertoires turcs ; puis ces activités artistiques ont été mises au profit de réalisations d’œuvres originales. C’est dans ce processus que la littérature scénique turque a pu se développer et s’enrichir de façon fondamentale.

            Avoir fait interpréter  en 1958 en turc l’opéra « Salomé » du célèbre compositeur Richard Strauss, sur la scène de l’Opéra National, qui comme nous l’avons dit fut fondé 22 ans après le Conservatoire National, a fait bénéficier le répertoire de notre scène d’une des meilleures œuvres de la littérature internationale de l’opéra.

            Un télégramme envoyée au Directeur Général de l’Opéra National par le fils de Richard Strauss, à cette occasion, constitue un document historique digne d’ère mentionné. Le fils de Richard Strauss télégraphiait ce qui suit : « La Turquie, en mettant en scène cette œuvre très difficile à interpréter, a ouvert une ère nouvelle de progression culturelle, dans la conception occidentale. »

            Dans les jours suivants le réception de cet éloge, le célèbre chef d’orchestre Hans von Benda qui avait été invité d’Allemagne par notre Ministre de l’Education Nationale, après avoir dirigé à Ankara quelques concerts de l’Orchestre Symphonique de la Présidence de la République, eu l’occasion d’assister aux représentations d’opéra de ces jours-là et a formulé ses impressions au Ministre de L’Education Nationale par ces paroles : « …La Turquie, par ses activités artistiques a pris sur elle la défense de la civilisation occidentale qui traverse une période de crise aiguë. »

            Dans le fil de l’histoire presque millénaire des terres d’Anatolie et d’une partie du sud-est de l’Europe, la Turquie, comme on a pu le remarquer par le tableau chronologique que j’ai essayé de présenter à grands traits, a en mettant en profit la technique des sciences de valeur internationale, lutté et dépensé des efforts pour arriver rapidement sur le plan de l’art à une renaissance nationale. C’est pourquoi il est facile de voir que la théorie « renouvellement dans la tradition » de notre grand penseur Ziya Gökalp dont j’ai déjà parlé, a été appliqué aussi sur le plan pratique en Turquie.

            Chers auditeurs,
            En vous remerciant chaleureusement d’avoir bien voulu m’écouter, je voudrais terminer ma conférence en vous rapportant ces paroles du grand Atatürk qui reflètent sa conviction nette des beaux-arts : « Pour que ceux qui soutiendrons une âpre lutte dans la vie, aient dans leur cœur, force, joie, ardeur, volonté et qu’il puissent réussir, le talisman efficace du point de départ, des moyens à user et d’aboutir à une fin, sont les beaux-arts. »